Le temps passe tellement vite !
Demain nous quittons déjà la polynésie pour la suite de notre périple.
Voici quand même quelles nouvelles pas très fraîches, mais ma priorité était de vivre ces moments intensément et j'ai mis l'électronique de côté (sevrage un peu forcé je dois l'avouer).
Je vous conte aujourd'hui un des moments les plus apaisants, le plus riche sans doute, la plus belle rencontre que j'ai faite pendant mon séjour (je garde pour plus tard d'autres anecdotes assez intenses) :
La préparation d'un ma'a Tahiti avec la grand-mère de ma cousine Poetua.
vendredi dernier.
A peine sortie de ma douche, avant même d'avoir pu avalé mon petit-déjeuner ma cousine me dit que j'ai déjà raté l'allumage du four, et que l'épluchage du Uru c'est maintenant !
Le Uru ou fruit de l'arbre a pain est un fruit assez gros (plus gros qu'un ananas, moins gros qu'une pastèque), plutôt fibreux et assez proche d'un féculent (comme du pain, quoi ! d'où son nom). C'est un des éléments les plus représentés sur les tissus polynésiens, il sert même d'emblême à l'une des 3 banques locales.
Nous en avions cueillis 3 jeudi après midi.
L'épluchage se fait avec ...

une boite de conserve découpée !
En fonction de son état de maturité il est cuit de différentes façons : épluché au four traditionnel, avec la peau sur le feu de bois, ou épluché au four moderne (dans la cuisine).

Plus il est mûr, plus il est sucré. La texture et le goût sont vraiment très variés : depuis le "pain" assez sec et fibreux, très blanc, à la presque compote naturellement sucrée et plutôt jaune.

Aussitôt le uru épluché, nous sommes passés aux cocos qu'il fallait débourrer pour obtenir les noix de coco. Nous avons ramassé une douzaine de cocos. Enlever la bourre de coco se fait avec un peu de force, en tapant le coco contre un pieu et en le faisant tourner pour arracher son écorce fibreuse et assez épaisse. Les spécialistes le font en quelques coups (3 à 5), les novices comme mon frère Raphaël ou moi même y mettent beaucoup plus de temps !

Après avoir décortiqué un ou deux cocos, je m'en vais un instant, le temps de prendre mon petit déjeuner et reprendre quelques forces.
Lorsque la noix de coco est débarassée de son écorce on peut voir les yeux et la bouche de l'anguille originelle (un peu plus tard je vous raconterai la légende du premier cocotier). Il est alors possible de la couper en deux afin de recueillir l'eau de coco. Ensuite il faut raper la chair de coco (autrefois c'était fait à la main sur un petit banc spécial muni d'une coquille aiguisée, aujourd'hui il y a des râpes électriques spécialement adaptées). C'est en pressant cette chair de coco râpée dans un linge que l'on obtient le premier lait de coco, assez épais.
Pour obtenir le deuxième lait de coco, on verse l'eau de coco, recueillie préalablement lors de l'ouverture des noix, sur la pulpe râpée déjà presque sèche puisqu'elle vient d'être pressée. On mélange bien le tout jusqu'à absorption complète du liquide. Et enfin on reprend le linge pour presser la pulpe une deuxième fois. Ce deuxième lait est beaucoup plus léger que le premier. Il sera servi sur la table comme sauce pour accompagner les plats.
Le Poe est un plat sucré qui peut se préparer avec presque tous les fruits. Nous en avons fait à 2 parfums cette fois ci : banane ou papaye.

La purée de fruit est mélangée à de l'amidon, puis versée dans une feuille de bananier pour être cuite pendant 2 heures dans le four traditionnel.

Après la cuisson la pâte est versée dans un sirop de sucre (vanillé si possible) puis découpée en morceaux mise à tremper dans le lait de coco.
Je pensais naïvement qu'il s'agissait du dessert, que nenni ! Les polynésiens se servent de tous les plats en même temps et mangent le tout avec les doigts. C'est çà le charme du ma'a Tahiti, tout mélanger.
C'est maintenant l'heure (10h) de mettre les plats au four et de le fermer.
Le four traditionnel est creusé dans la terre, mais cette mémé là n'a qu'un petit four installé dans un vieux bidon de 200l. Le principe reste le même : un feu est allumé sous des pierres locales, volcaniques, jusqu'à ce qu'elles soient bien chaudes. Puis le bois est retiré. Des branches de Purau sont installées sur les pierres chauffées à vif. Puis une feuille de bananier sur laquelles sont posés les aliments : Poe et Uru dans notre cas (ce four là n'est pas assez grand pour accueillir le veau ou le cochon entier). Des feuilles de Uru, puis de bananier puis de Purau sont mises par dessus et enfin une couverture est ajoutée pour fermer le bidon. Nous reviendrons dans 2 heures.



Nous repassons à la cuisine, je vous passe la description de la préparation du Pua choux (porc au chou), du poulet fafa (avec des feuilles de Taro, ou des épinards et surtout du lait de coco), de l'inévitable poisson cru au citron vert et lait de coco. Pourtant c'est bien toute cette agitation qui fait le charme de cette matinée.

Lors de mes absences de la cuisine, j'ai raté la préparation de l'igname violet, du taro et de la patate douce. Je pense qu'ils étaient simplement mis dans le four "moderne".
La dégustation de ce repas a été pour moi un pur moment de bonheur ! une grande assemblée joyeuse (avec une dizaine d'enfants), une température idéale, un souffle de vent léger, une assiette garnie de mets aussi savoureux les uns que les autres, une complicité avec cette grand-mère qui m'a montré toutes les étapes de la préparation.

Encore un grand merci à Poetua (qui a pris les photos et qui n'est donc malheureusement pas à l'écran aujourd'hui) et sa grand-mère pour l'organisation de cette journée.
MAURUURU !!
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